Avec l’ICO-Mania de 2017, 875 projets se sont partagés plus de 6 Mds$ de fonds investis. Mais le retournement du marché des cryptoactifs, associé à un manque d’intérêt des investisseurs, ont causé une chute brutale des fonds levés par le biais d’ICO. En 2018, 1257 projets se sont partagé une enveloppe de 7,8 Mds$, la majorité durant le premier semestre, le mois de décembre ne permettant de récolter “que” 75 M$.

ICO funds raised

Le marché, ayant toujours pour objectif de gagner de l’argent de la manière la plus simple et la plus rapide, croit avec ferveur et pour la énième fois avoir trouvé dans les STOs ou “Security Token Offering” un nouveau véhicule d’investissement pour remplacer les ICOs en perte de vitesse. Décryptons ce modèle et voyons si le prétendu potentiel est avéré ou non.

Un modèle plus juste et plus équilibré ?

Les ICOs visaient un public d’investisseurs plutôt novices. Si quelques rares projets avaient un intérêt louable, la plupart n’étaient qu’un moyen relativement simple et peu risqué, au regard de la loi, pour que des entrepreneurs peu scrupuleux parviennent à collecter des fonds en échange de vagues chimères de disruption technologique offrant des retours sur investissement faramineux.

Si l’on y réfléchit un peu et qu’on ne se contente pas de lire un white paper rédigé par des entrepreneurs peu scrupuleux, un “utility token” n’est pas une part d’une entreprise, et ne donne droit ni à une part des profits, ni à des droits de vote sur le devenir d’un projet, et encore moins des garanties quelconques de retour sur investissement en cas de succès, quelqu’improbable que ce dernier puisse être.

ICO-vs-STO

Les STO : des ICO responsables ?

Or c’est exactement ce qu’est un token de STO. L’idée est bel et bien de représenter la part d’un projet par un jeton numérique qui donne des droits semblables à ceux d’une part d’entreprise. Cependant, cela réclame beaucoup plus d’efforts à mettre en place que d’organiser un cocktail avec un Powerpoint dithyrambique.

Utilisés par beaucoup pour contourner des obstacles réglementaires, les utility tokens n’ont bien souvent représenté que des “donations” faites inconsciemment par des débutants, voire des opérations cyniquement réalisées par des investisseurs avisés profitant d’un système plus ou moins opaque de “private rounds” pour se faire un confortable profit sur le dos des retardataires.

Pour un système qui promettait de rendre plus juste, transparent et accessible le financement de projets technologiques, la réalité de “L’ICO mania” dans le cadre d’une régulation balbutiante à été le théâtre de nombreuses dérives dont le marché n’a pas encore corrigé toutes les retombées.

Security token offering sérieux

La régulation a une part de responsabilité non négligeable dans ces événements. L’un des seuls principes qui semble accorder les différentes politiques publiques, est, n’en déplaise aux disciples de Sartre, que “l’essence précède l’existence”. Quelles que soient les technologies et la complexité d’une levée de fonds, les fondements du droit positif tels que le Security Act de 1933 aux Etats-Unis continuent de s’appliquer, impliquant de lourdes contraintes financières, judiciaires et administratives qui s’appliquent obligatoirement  à chaque projet.

Comment lever des fonds dans le monde de la blockchain ?

Les entrepreneurs ont donc le douloureux choix entre assumer courageusement toute la lourdeur d’un processus d’IPO classique en y ajoutant une sur-couche additionnelle de complexité, la blockchain, rendant ainsi plus lourds, plus longs et plus coûteux leurs projets  ou alors simplement modifier les paramètres de leur utility token jusqu’à l’absurde afin de se retrouver dans une zone grise légale, où la levée de fonds est beaucoup plus simple mais n’offre aucune garantie ni contrepartie pour les investisseurs.

En 2017, le second choix était le seul cohérent à faire, puisqu’il fallait en outre se dépêcher pour arriver le plus rapidement possible sur le marché. Il est donc paradoxal que les régulateurs, qui doivent protéger l’investisseur, aient participé de manière indirecte à ce qui provoquera des pertes financières parfois lourdes pour des milliers de personnes, en raison d’une inertie bureaucratique et d’un retard de compréhension technologique.

Si le droit positif commence à s’adapter à marche lente, la situation juridique reste malheureusement très proche de celle de “l’ICO Mania”. Proposer aujourd’hui une Security Token Offering reste pour le porteur de projet une sur-couche de complexité et de frais dans un processus par nature long et coûteux. En 2019, les projets de STO restent rares pour le grand public, trahissant le peu d’intérêt réel porté à l’outil. Les startups du secteur semblent plutôt être retournées à des modèles plus traditionnels.

security-token-ico

Un porteur de projet a-t-il vraiment intérêt à se lier ainsi les mains en offrant à des investisseurs un droit de regard sur le fonctionnement de son projet ? Dans le monde traditionnel, cette question ne se pose même pas. Dans le monde de la Blockchain, on a un moment cru qu’on pouvait avoir le beurre et l’argent du beurre.

Le STO est-il alors un outil mort-né?

Il est peut-être trop tôt pour le déclarer.

Si l’essence précède l’existence, cette dernière se développe et s’affine. Le standard de token ERC-20 a fait ses preuves mais les développeurs s’attèlent sur un nouvel outil mieux adapté au marché actuel : le standard ERC-1400. Ce type de token a été pensé pour s’adapter aux problématiques de conformité, avec des règles d’émission, de transfert ou de détention qui peuvent se configurer pour correspondre au droit positif.

La sur-couche de complexité qui consiste à utiliser la blockchain commence également à être remise en question car des outils apparaissent rendant le processus plus simple. Le projet Polymath propose ainsi un pack complet pour une STO comprenant un accompagnement juridique, technique, comptable et fiscal. Le développement à terme de la concurrence devrait contribuer à faire baisser les coûts et améliorer l’offre. Coinhouse continuera à vous proposer sur sa plateforme les nouveaux projets que nous jugerons suffisamment sérieux.

Une offre fonctionnelle plus claire et accessible commence également à apparaître avec des outils de gestion de DAO tels que Aragon offrant une dose d’audit et de contrôle plus importante que l’acte d’investir dans une ICO. Cette évolution dans les outils de gestion d’entreprise, couplée à la démocratisation des stablecoins permet d’envisager à moyen terme une gestion d’entreprise basée presque intégralement sur les technologies Blockchain.

Pour aller plus loin, les DAICO, dont nous avons déjà évoqué le fonctionnement, permettent aux investisseurs de contrôler précisément l’allocation des fonds qu’ils ont versé dans un projet donné.

Il est déjà loin, le temps de 2017 où l’on pouvait lever des dizaines de millions de dollars sur de vagues promesses. Les porteurs de projets devront désormais convaincre des investisseurs de plus en plus sophistiqués par des propositions de valeur concrètes et des contreparties réelles garanties par la Blockchain.

Dans un écosystème plus mature, des projets qui auront fait leurs preuves en publiant des applications fonctionnelles et des outils accessibles avant de demander des millions en investissement permettront l’émergence d’une nouvelle vague de financement où participera un public qui aura retenu les leçons de l’ICO-Mania dans un cadre juridique cohérent.

Don't miss out!
Devenez un investisseur averti !

Vous avez aimé ce contenu ? Inscrivez-vous à notre newsletter et recevez un condensé de l'actualité décryptée par nos experts !

Invalid email address
Votre email est en sécurité, vous pourrez vous désinscrire à tout moment.

Comments are closed.

partages
Bitnami