Cet article vous propose un face à face entre deux experts ayant des avis opposés sur le projet EOS, son mécanisme de consensus et son token. Alors, pour ou contre EOS ? À vous de vous faire une opinion !

EOS est une blockchain qui vise à développer des applications décentralisées. Porté par Daniel Larimer, le projet semble similaire à Ethereum mais propose un mécanisme de consensus différent, appelé Delegated Proof of Stake (DPoS, preuve d’enjeu déléguée). Accusé de centralisation par ses détracteurs, ce mécanisme est censé favoriser la scalabilité.

Julien : La Blockchain EOS a été lancée le 2 juin 2018, après un an d’une levée de fonds sous la forme d’ICO. Les participants à cette ICO pouvait acquérir en avance le token natif, l’EOS. Au 13 mai 2019, selon Coinmarketcap, la capitalisation d’EOS atteignait quasiment les 5 milliards de dollars.

Marc : Voilà ce qui s’appelle survoler les faits. Il faut rappeler que cette ICO s’est effectuée selon un modèle “novateur”, calculé pour maximiser les fonds récoltés par des mécanismes proches d’une pyramide de Ponzi. Il y a même eu des accusations selon lesquelles les porteurs du projet ont eux-mêmes gonflé le prix par des achats sur les marchés.

Julien : Mais cela ne retire en rien à la valeur du projet ! Il est normal de maximiser les fonds qui sont récoltés lors de l’ICO, qui je le rappelle, a duré une année complète.

Marc : Sans doute. Mais est-ce qu’il inspire véritablement à la confiance quand la véritable entreprise qui fait la levée de fonds s’appelle Block.one, est basée aux Iles Caymans, et n’a aucun lien officiel avec le projet EOS ?

Julien: Beaucoup de projets crypto ont utilisé des mécanismes de levée de fonds relativement obscurs. C’est normal, quand les autorités de différents pays se montrent encore aujourd’hui extrêmement méfiantes à l’égard de ces projets.

EOS en réponse aux problèmes de scalabilité du Bitcoin

Julien : Le constat des porteurs du projet EOS est de dire que les blockchains comme Bitcoin ou Ethereum ont des problèmes de scalabilité. Leur mécanisme de consensus, en particulier le Proof-of-Work pour Bitcoin, ne leur permettent pas de fonctionner correctement en cas de forte demande sur le réseau. Le nombre de transactions par seconde qu’elles peuvent gérer est trop limité pour un usage de type grand public.

Marc : La “scalabilité” annoncée d’EOS est une réponse à un faux problème, une blockchain et son réseau primaire, en langage technique le layer one, n’est pas faite pour accueillir un maximum de transactions mais simplement pour assurer l’immutabilité des transactions, c’est un réseau de compensation. Toutes les autres blockchains publiques, de Bitcoin à Ethereum mettent en avant les solutions de second niveau (Layer two) telles que Lightning Network ou le protocole Plasma pour faire ce genre de chose.

”EOS veut répondre aux problèmes de scalabilité rencontrés par les blockchains Bitcoin ou Ethereum”

Julien: C’est à dire qu’elles cachent la poussière sous le tapis. Utiliser la blockchain nativement est quand même un gros avantage par rapport à des surcouches plus ou moins artificielles.

Avantages et inconvénients du Delegated Proof of Stake

Julien : Et au-delà de la question de la vitesse des transactions, la Blockchain EOS propose un autre mécanisme de consensus appelé la preuve d’enjeu déléguée (DPoS). Le DPoS s’apparente à une sorte de démocratie représentative à petite échelle : le fonctionnement et la sécurité de la blockchain EOS sont gérés par 21 délégués, élus par les votes des détenteurs de ‘’jetons’’ EOS. Ces délégués doivent ‘’stocker’’ une quantité d’EOS sur la blockchain et sont chargés de valider les transactions du réseau. Ils reçoivent des EOS en échange.

Marc : Les 21 délégués posent un problème évident de décentralisation. Le principe de la blockchain bitcoin est de faire en sorte que le réseau soit suffisamment décentralisé pour que personne n’ait un intérêt à tricher. Par ailleurs, l’ajustement de la difficulté de minage assure que le maintien de la sécurité du réseau reste intéressante même en cas de baisse prolongé du prix du Bitcoin.

Julien : Certes, mais la blockchain EOS demande également un certain nombre d’assurances. Pour être dans les 21 délégués, il faut prouver avoir le matériel nécessaire pour assurer son rôle, et un validateur peut être exclu de la liste pour mauvais comportement et remplacé par le délégué qui était le plus haut dans la liste des candidats.

”Les 21 délégués posent un problème évident de décentralisation”

Marc : Faire reposer la sécurité d’une blockchain sur 21 noeuds décisionnaires pose quand même question de sa pérennité. Cela pour des raisons simples : si un réseau principal est “pollué” de transactions inutiles ou sans valeur ajoutée, la nécessité essentielle de conserver une copie intégrale du registre distribué par les noeuds validateurs (Full Nodes) est de plus en plus complexe car nécessitant du matériel de plus en plus performant.

EOS nécessite déjà de base du matériel coûteux pour maintenir une copie complète du registre. Mais lorsque la valorisation de l’actif est en difficulté comme en 2018, être un noeud n’est même plus rentable. Plusieurs des 21 noeuds ont jeté l’éponge durant cette période, les noeuds restants s’arrangeant avec leurs prérogatives et EOS est resté pendant plusieurs mois avec seulement 5 “full nodes”.

La vitesse des transactions en question

Julien : Cela n’empêche pas qu’EOS fonctionne toujours et se trouve à la 5ème place du marché des cryptoactifs en terme de capitalisation. Des acteurs de l’écosystème sont persuadés que son mécanisme de consensus permet d’améliorer fortement les temps de validation des transactions, surtout comparé à celui du minage (Proof-of-Work) qui est utilisé sur Bitcoin. En juillet 2018, des tests sur la blockchain EOS ont permis d’atteindre 2800 transactions par seconde. À titre de comparaison, Bitcoin gère en moyenne 7 transactions par seconde.

Marc : Ces chiffres ont été remis en question par d’autres tests qui affichaient en fait une performance de l’ordre de 250 transactions par seconde.

Julien : Ce qui est toujours bien plus élevé que ce que permet Bitcoin à l’heure actuelle.


”Le mécanisme de consensus d’EOS permet d’améliorer fortement les temps de validation des transactions”

Marc : Pas si l’on considère que le Lightning Network sera bientôt le plus utilisé pour les transactions en tant que second niveau de la blockchain Bitcoin. De plus, la vitesse de transaction de la blockchain EOS n’a servi jusqu’à maintenant que pour des applications de type ‘’gambling’’ ou ‘’gaming’’. Les développeurs cherchant de nouvelles applications véritablement liées au business sont sur la blockchain Ethereum.

Une flexibilité face aux bugs

Julien : L’autre objectif d’EOS est d’être la plateforme des applications décentralisées (Dapps) commerciales. La flexibilité et la facilité d’utilisation sont priorisées. Ainsi, avec le DPoS, si un bug est détecté dans une application, les délégués peuvent la bloquer puis la réactiver une fois le problème résolu.

Marc : Comme évoqué précédemment, ces exemples sont plus de l’ordre de la communication. Dans le concret, lorsque maintenir un noeud complet validateur n’est plus rentable, on a observé sur le réseau EOS ce qui semblait logique : les noeuds “trichent” et ne gardent plus l’historique complet des transactions. Ainsi, plusieurs comptes EOS, liées à des activités frauduleuses qui avaient été “bloquées” par les noeuds validateurs se sont retrouvées libres de dépenser leurs fonds mal acquis car les noeuds ne maintenaient plus l’historique de la blockchain qui comprenait la sanction à leur égard.

”Maintenir un noeud complet sur le réseau EOS n’est plus rentable lors d’un bear market comme en 2018”

EOS : un marketing bien rôdé

Julien : Les équipes d’EOS ont su susciter l’intérêt pour leur projet en communiquant sur leurs visions et ambitions, et surtout sur leur ICO qu’ils ont lancée en 2017, moment très favorable sur le marché. Résultat : plus de 4 milliards de dollars récoltés en ethers. La trésorerie est donc toujours importante pour financer des développements, et ce malgré le marché baissier. Les porteurs du projet ont réussi, lors de la période de l’ICO-mania, à donner à EOS une image ‘’d’Ethereum killer’’ auprès d’une partie de la communauté.

Marc : Au-delà du marketing, l’écosystème blockchain en 2019 est toujours en attente d’une proposition de valeur issue d’EOS. Cette blockchain semble pour l’instant s’être spécialisée dans les ICOs dont plus personne ne voulait sur Ethereum : le gambling illégal, les pyramides de ponzi ou simplement la réplication sans traction ni rigueur technique de projets issus d’Ethereum tels que CarbonUSD, une pâle copie de MakerDAO et de son DAI.

En définitive, nous ne les mettrons pas d’accord, mais au moins avec deux avis bien tranchés sur la question, vous avez de quoi vous faire une opinion sur ce projet et éventuellement y consacrer une partie de votre portefeuille.

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