Un actif numérique peut-il être unique, indivisible et avoir de la valeur ? Cryptokitties, Etheremon ou Decentraland sont des projets de cryptoactifs reposant sur le concept de tokens non-fongibles. Coinhouse revient sur ce nouveau concept afin d’en comprendre les usages, l’utilité de ces tokens et leurs éventuelles applications futures.

La fongibilité : pourquoi, comment ?

On parle de fongibilité lorsqu’un actif peut être échangé contre un autre actif du même type et qu’aucune distinction entre les deux n’est possible : un billet de 10 euros peut être échangé contre tout autre billet de 10 euros car ils ont une valeur identique et sont donc fongibles.

Au sein de l’univers des cryptoactifs, les bitcoins sont aussi dits fongibles. Toutefois, il est possible grâce aux explorateurs de blockchain de savoir quelles adresses ont eu accès à tel ou tel bitcoin dans le passé. On parle de “tainted bitcoins” lorsqu’une unité de bitcoin est connue pour avoir été utilisée dans des transactions relatives à des activités illégales.

L’exemple d’un actif vraiment fongible : Monero

XMR-MoneroÀ l’inverse, Monero est une cryptomonnaie fongible car il est très compliqué de tracer une transaction monero en sachant par quelles adresses les unités de monnaie sont passées. On se rapproche fortement de l’idée de ‘’cash ou billet numérique’’. Idéalement, une monnaie se doit d’être fongible car les unités de valeur doivent être interchangeables sans friction. Toutefois, les cryptoactifs vraiment fongibles, comme le Monero, déplaisent aux régulateurs vis à vis des lois contre le blanchiment d’argent ou le financement du terrorisme.

Car qui dit véritablement fongible, dit anonyme. On retombe rapidement sur les mêmes problématiques que pour l’utilisation des billets, dont les gouvernements cherchent à restreindre de plus en plus l’utilisation.

Le principe du token non-fongible

Partons maintenant sur le principe inverse : le concept de tokens non-fongibles, aussi appelés NFTs (Non-Fungible Tokens), a été inventé par Dieter Shirley et proposé en septembre 2017. Il est défini sous le standard ERC721.

Contrairement aux tokens ERC20, souvent utilisés dans le cadre d’émissions de tokens lors des ICOs et qui sont aussi fongibles que les bitcoins, les tokens ERC721 bénéficient chacun de propriétés qui en font des actifs numériques uniques et donc non-fongibles. Deux NFTs provenant de la même émission n’ont pas les mêmes attributs et ne sont donc pas égaux. On peut faire l’analogie avec une pièce de collection dans la vraie vie : celle-ci est unique et ne peut pas être reproduite ni échangée au risque de perdre sa valeur.

Le phénomène cryptokitties

cryptokitties

Dès décembre 2017, les NFTs font fureur grâce aux cryptokitties dont la popularité explose.  Les cryptokitties sont des chatons numériques, dont chacun est représenté par un token unique et non réplicable. Un nouveau token est produit toutes les 15 minutes, et la notion de reproduction permet de passer les caractéristiques d’une génération à l’autre. Au plus fort de leur activité, le 5 décembre 2017, les transactions cryptokitties s’élevaient à 140 000 sur un total de 700 000 transactions ethereum, soit environ 20% du trafic.

ethereum transactions cryptokitties

source: http://dappboard.com/app/application/5a5849635d7064dc7fb37cd0

À ce jour, le cryptokitty le plus cher a été vendu 600 ETH, soit 172 625 USD au moment de la vente.

Le site non-fungible.com recense tous les tokens non-fongibles de la blockchain Ethereum et permet de tracer les échanges qui ont lieu entre utilisateurs. À ce jour, le projet qui capte le plus de valeur est Decentraland. Au cours du dernier mois, 55 millions de dollars en ethers ont changé de mains pour l’acquisition de LAND, le token non-fongible de Decentraland avec une valeur moyenne de 1570 dollars.

Quelle proposition de valeur ?

Si les gens sont prêts à payer si cher, c’est que le concept d’actif unique sur une blockchain est attractif. Pour Decentraland, chaque token représente un droit de propriété sur une parcelle de terre de 10m par 10m dans un monde qui sera accessible en réalité virtuelle.

Les premiers adopteurs de cette gamme d’actifs spéculent sur la rareté du token ainsi que sur ses attributs uniques. Un token LAND correspondant à une parcelle de terre bien située en “centre-ville” aura plus de valeur qu’un autre dans un quartier moins prisé.

Quel futur pour les tokens non-fongibles ?

futur non fongibles blockchainUne des premières applications évidentes est les jeux vidéos, et notamment la gestion d’objets dans les jeux en ligne comme World of Warcraft, League of Legends, etc. Les utilisateurs “détiennent” actuellement des objets qui ont une réelle valeur dans le jeu mais qui restent virtuels dans les serveurs de l’entreprise. Si l’entreprise ferme ses portes, les objets “disparaissent”. Avec les NFTs, les objets continueront à exister sur la blockchain Ethereum. La blockchain étant publique, il est même possible de créer des objets “inter-jeux”.

Une autre application est la “tokenisation” d’actifs physiques, qui peuvent désormais avoir une contrepartie numérique sur une blockchain publique. Par exemple, il serait aisé de tokeniser un véhicule automobile en créant un token correspondant à son VIN, remplaçant ainsi avantageusement la carte grise. Si l’état français laissait faire.

Les tokens non-fongibles représentent un concept nouveau ayant rapidement pris de l’ampleur. Alors que le phénomène cryptokitties peut paraître dérisoire et insensé au vu des montants échangés, il aide à la compréhension d’une nouvelle application de la blockchain qui peut, à terme, prendre une part importante dans notre manière d’interagir avec nos objets et actifs numériques.

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