Lancé en fanfare le 7 Janvier 2019, Dx.Exchange est une place de marché qui a rapidement fait sensation dans le milieu des cryptoactifs. Créée par Daniel Skowronski, serial-entrepreneur issu de milieu de la finance traditionnelle, elle propose le trading d’actions de grandes entreprises telles Apple (AAPL) ou Tesla (TSLA) sur la blockchain Ethereum. Notre opinion sur ce projet est négative et nous vous expliquons pourquoi.

IOU et produits dérivés

Sauf annonce officielle d’une entreprise de “tokéniser” volontairement ses actions, ce qui n’est encore jamais arrivé à ce jour, un token  ERC-20 de la société Apple n’est pas une action Apple (AAPL) : il n’est pas un droit de propriété sur une fraction de l’entreprise, ne donne pas droit à un vote durant une assemblée d’actionnaires et n’ouvre pas de droits aux dividendes ou toute autre compensation.

IOU

Dans le meilleur des cas, il s’agira d’un “IOU”, de l’anglais “I owe you”, qui représente une dette. DX.Exchange et son partenaire MPS MarketPlace Securities Ltd s’engagent à acquérir et posséder une Action AAPL échangeable contre les tokens que leurs clients leur achètent en toute confiance.

Une cotation 24/7

Les produits de cette place de marché sont donc des produits dérivés. Un premier obstacle pour ceux qui souhaitent vraiment détenir des cryptoactifs. À l’inverse, notre plateforme Coinhouse permet de faire des opérations d’achat et de vente sur les cryptoactifs tout en les détenant sur un portefeuille personnel. Puisque DX.Exchange est ouverte 24/7 contrairement à la bourse, une différence de valorisation se crée naturellement entre les token AAPL et le cours “officiel” de l’action AAPL. Par exemple, AAPL peut-être cotée à 153,31$ alors que son IOU sur dx.exchange est à 154,29$.

Les habitués des marchés pourraient y discerner une opportunité de profit :  acheter du AAPL sur les marchés traditionnels et les vendre sur DX.Exchange pour encaisser la différence de prix. Ce type de trading se nomme “arbitrage”, mais dans ce cas précis, ce sont deux actifs différents, il n’est par exemple pas possible de transférer ses actions AAPL dans DX.Exchange pour les echanger contre des tokens AAPL.

Un gros problème de volume et de liquidité

Sans arbitrage possible, le volume de cette place de marché restera probablement faible. Or, sans volume, un exchange n’est pas attractif.

Premier obstacle : DX.Exchange n’est pas accessible aux investisseurs traditionnels. L’acteur se met en avant comme étant régulé, mais n’a pas de lien direct avec le Nasdaq ou le NYSE et n’a pas de licence sur le territoire américain. Pour ses opérations crypto, DX.Exchange utilise une licence estonienne et son partenaire MPS MarketPlace Securities Ltd, qui administre la partie “actions” de l’exchange, est une entreprise chypriote.

Autre problème essentiel: un investisseur qui achète un token AAPL sur DX.Exchange ne pourra le revendre que sur DX.Exchange. Cette liquidité très limitée présente un risque important pour les investisseurs, tant que d’autres entreprises ne seront pas prêtes à échanger les tokens émis par DX.Exchange contre des actions ou du cash, ce qu’elles n’auront que très peu d’intérêt à faire.

DX-Exchange-interface

DX.Exchange affiche comme ambition de lister une grande partie des valeurs des places de marché américaines et asiatiques à court terme, alors qu’il est évident que l’écosystème des cryptoactifs n’est pas encore prêt à administrer un volume suffisant de transactions correspondant à une part substantielle de la finance traditionnelle.

Pour qu’une demande se crée, malgré le manque de volume et les difficultés d’accès, le marché doit démontrer un avantage des tokens par rapport aux actions qu’ils représentent. Or ces tokens n’apportent a priori pas de plus-value particulière, ce qui rend l’ensemble encore moins attractif et tend à renforcer les opinions dubitatives.

derivatives dx exchange

Tous les services proposés par DX.Exchange sont dénominés en dollars US et il est actuellement impossible d’échanger du bitcoin ou de l’ether contre un token AAPL. Il s’agit en définitive d’une plateforme parmi des milliers d’autres qui propose du trading sur des produits dérivés d’un côté et du trading sur des cryptoactifs de l’autre.

Un bon marketing plutôt qu’un bon produit

DX.Exchange fonctionne sans frais de trading mais sur la base d’un abonnement mensuel à 20$ par mois pour 50 000$ de volume mensuel. Au-delà, ses tarifs sont très souvent supérieurs à ceux de ses concurrents directs.

Comme d’autres plateformes, DX.Exchange propose de payer son abonnement ou ses frais en DXCASH : un ERC-20 Ethereum créé et contrôlé par la place de marché, permettant de réduire le coût de l’abonnement de moitié.

Il est simple de vérifier que, mis à part un programme de “Airdrop” communautaire agressif, l’ensemble des jetons DXCASH sont en possession de DX.Exchange. A l’heure où nous écrivons ces lignes, ni le retrait de ces tokens de la plateforme ni leur distribution suite au Airdrop ne sont effectués. Tout le marché de cet actif se déroule donc en huis clos à l’intérieur de la plateforme, sous son propre contrôle.

Concernant le token, il n’existe pas de whitepaper, pas de roadmap, pas d’indication de la répartition des tokens, ce qui pose de nombreuses questions relatives à la confiance.

dxcash

DX.Exchange semble malheureusement plus proche de l’opération marketing pour attirer des utilisateurs peu familiarisés avec l’écosystème des cryptoactifs et souhaitant principalement acquérir des tokens DXCASH pour des raisons spéculatives. La plateforme enregistrera probablement malgré tout un nombre massif d’abonnements : son design, sa communication générale et sa grille tarifaire semblent s’accorder avec cette stratégie.

DX.exchange sera le seul vendeur de DXCASH et encaissera de fait l’argent des abonnements et des spéculateurs.

Des difficultés non anticipées concernant la régulation du marché des dérivés d’actions pourraient entraîner les mêmes limitations qu’aux investisseurs traditionnels voire même la fermeture de la plateforme.

Un bilan : la méfiance est de mise

DX.Exchange est donc un projet innovant mais risqué, un crypto-exchange comme il en existe des milliers mais qui prétend offrir une proposition de valeur disruptive qui n’a pas fait la preuve de sa valeur et de son utilité:

  • Un projet centralisé qui utilise la blockchain comme un prétexte marketing
  • Un acteur dont la qualité de la “régulation” peut être mise en doute
  • L’écosystème des crypto-actifs n’est pas mûr pour réaliser cette proposition de valeur
  • Les investisseurs se retrouvent bloqués avec des tokens très peu liquides
  • Moins bien et plus cher, quel est l’intérêt pour les traders ?
  • Un abonnement désigné pour les moins avertis et un token inutile dont le gestionnaire  garde tout le contrôle

Nous encourageons nos lecteurs à vérifier l’ensemble de ces informations s’ils sont intéressés par ce projet. Il est probable que si malgré ses faiblesses, il parvient à attirer une clientèle nombreuse, d’autres acteurs plus sérieux apparaîtront.
Il est dommage que beaucoup de sites, à la suite de
Bloomberg, aient publié nombre d’articles et de commentaires plutôt positifs sur le sujet sans prendre le temps d’analyser en détail ce qui est proposé.

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