Notre précédent article a mis en avant le stablecoin DAI du projet MakerDAO comme remplissant les fonctions d’une monnaie. Dans cette seconde partie nous décryptons les capacités de ce nouveau type d’outil. Peut-on à terme s’extraire du monde fiduciaire et se passer des banques en tant qu’individus ?

Les cryptomonnaies ont échoué, vive les cryptoactifs !

Dix ans après la publication du White Paper de Satoshi Nakamoto, nous constatons l’échec relatif de la “cryptomonnaie” : de même que personne ne présente une pièce d’or à la boulangerie ou au Starbucks comme moyen de règlement, l’utilisation du Bitcoin ou de l’Ether comme moyens de paiement reste anecdotique, reléguée à des acteurs spécialisés et des marchés de niche d’une communauté geek.

L’utilisation du terme de ‘’cryptomonnaie’’ a été une erreur de communication importante, et cette erreur continue de se payer car c’est le terme le plus utilisé par les médias.

Le Bitcoin et les Altcoins connaissent un véritable succès en terme d’actifs numériques. La forte volatilité de cette nouvelle classe d’actifs a très vite attiré les spéculateurs qui ont établi par les mécaniques de marché la valorisation de ces produits financiers. Le développement des places de marché et des services tels que Coinhouse ont facilité cet engouement et plusieurs dizaines de milliards d’euros s’échangent chaque jour.

monnaie

De cette spéculation par essence volatile, MakerDAO est parvenu à générer de la stabilité par le biais du stablecoin DAI, sans mettre en défaut la sécurité.
Le Bitcoin et des altcoins semblent à ce stade s’orienter vers un rôle d’actifs ou de réserves de valeur, plutôt que vers celui d’une monnaie. Le DAI est actuellement l’unique stablecoin décentralisé en circulation, les autres comme Tether se situant du côté centralisé du spectre des cryptomonnaies.

Ces monnaies présentent des caractéristiques suffisantes pour l’individu qui souhaite s’extraire de la sphère fiduciaire.

positionnement des stablecoins

Adieu l’euro : mode d’emploi

La première étape pour s’affranchir de la monnaie fiduciaire est de percevoir un revenu directement en stablecoins.

Dans le cadre du salariat traditionnel, c’est malheureusement impossible pour le moment. La loi française dispose qu’un salaire pour un CDI ou un CDD peut être versé en virement, chèque, ou en espèces (pour des montants inférieurs à 1500€). Tout autre moyen de paiement s’apparenterait à un salaire en nature.
Cependant, l’émergence de nouvelles catégories de travailleurs indépendants, les digital nomads, freelance contractors ou micro-entrepreneurs a cependant fait apparaître une part non négligeable de travailleurs actifs qui ne dépendent plus d’un contrat de travail traditionnel.

Du travail rémunéré en DAI ?

Request Network

Request.network est un projet Ethereum qui se spécialise dans le service de facturation au service des indépendants. L’interface collecte l’ensemble des informations légales ainsi que les divers taux de taxes pour éditer un document numérique qui peut immédiatement être payé, éventuellement en DAI.

Les projets basés sur Ethereum disposent souvent de réserves importantes en cryptoactifs suite au succès des ICOs et du marché de 2017, mais pâtissent d’un accès très limité, voire inexistant  aux services bancaires dans des territoires comme la France.
À l’intérieur de cet écosystème, payer ses employés en cryptoactifs ou en stablecoins est donc la norme et la monnaie fiduciaire l’exception. Nous avions déjà évoqué Aragon, mais MakerDAO, Kleros ou Polymath affirment publiquement payer une grande partie de leurs équipes sans passer par la monnaie fiduciaire.

Je ne peux pas payer ma baguette de pain en DAI, si ?

Si recevoir un salaire en cryptomonnaie comme le DAI est possible, devoir ensuite revenir en monnaie fiduciaire afin de régler ses dépenses détruirait tout l’intérêt du processus. Pour 1,20€ par mois, Wirex propose une carte bleue VISA à débit immédiat qu’on peut créditer en DAI pour régler ses achats.

Qui dit salaire et facturation suppose prélèvements sociaux. Il est également possible d’utiliser une carte bleue Wirex pour payer Urssaf et impôts, qui acceptent dans certaines limites le règlement par carte bleue. Il s’agira bien entendu de déclarer à l’état l’équivalent en euros du revenu en DAI.

Wirex

Wirex est pratique mais c’est une circonvolution : lors de l’acte d’achat, le commerçant reçoit des euros, convertis automatiquement depuis le DAI. L’étape suivante est bien entendu le paiement direct en DAI pour les commerçants qui l’accepteront.

Payer son loyer et ses factures en DAI

Si les dépenses courantes sont couvertes, il reste toujours celles où la carte bleue est difficilement envisageable: un loyer ou des factures d’électricité sont obligatoirement réglés par prélèvement ou virement bancaire.

Le project Aave.pay disposant d’une licence bancaire en Estonie propose d’y stocker du DAI, et d’initier un virement bancaire sur l’IBAN de votre choix, en euro. Tout comme Wirex, il s’agit d’un outil de plus permettant de s’affranchir de la sphère fiduciaire.

aave

Et si on fermait nos comptes en banque ?

Si la tentation de minimiser ses avoirs sur le compte courant non rémunéré d’une banque commerciale qui vous facture des services de qualité discutable peut sembler grande, l’euro n’a pas dit son dernier mot.

Les utilisateurs de cryptomonnaies restent une petite niche. le DAI représente moins de 3% du marché des stablecoins pour une masse monétaire de 92M$, et repose sur la blockchain publique Ethereum, dont la capacité de traitement de transactions reste limitée: en Novembre 2017 quelques dizaines de milliers d’utilisateurs du jeu “CryptoKitties” ont suffit à surcharger le réseau.

Si une part non-négligeable des Français adoptaient le DAI au quotidien, la saturation engendrée rendrait le coût d’une transaction prohibitif.
Les solutions de scalabilité comme les sidechains existent mais sont encore à un stade hautement expérimental, incompatible avec d’importants volumes financiers.

Reste que quelques individus, par conviction ou curiosité, peuvent dès aujourd’hui prendre le chemin qui limitera au strict nécessaire leurs interactions avec les monnaies fiduciaires.

La révolution ne consiste sans doute pas à mettre au ban l’euro, mais nécessite simplement de comprendre que pour la première fois, une alternative crédible, accessible et décentralisée existe, et de faire le premier pas dans sa direction.

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