Cet article en deux parties a vocation à faire comprendre l’évolution du Bitcoin et de la technologie disruptive qu’il a fait émerger : la Blockchain. Nous nous intéresserons d’abord à la genèse de ces technologies, de 2009 à 2014. Une seconde partie abordera leurs évolutions de 2015 à aujourd’hui.

Dans l’euphorie qui s’est emparée du marché des cryptoactifs en 2017, les médias parlaient de ‘’révolution Blockchain’’ et ‘’d’or numérique’’ pour le Bitcoin. Nombreux sont ceux qui ont embrassé la tendance sans vraiment comprendre ces nouvelles technologies. La période plus calme que nous connaissons actuellement est propice pour comprendre l’évolution de cet écosystème et investir de manière plus intelligente.

Début Novembre 2018, l’institut britannique YouGov publiait un sondage réalisé auprès d’un échantillon représentatif de 2182 Britanniques majeurs. À la question “avez-vous entendu parler de Bitcoin ?” 93% des sondés répondaient par l’affirmative, un taux de réponse positives impressionnant partagé quel que soit le genre ou la tranche d’âge des sondés.

Bitcoin et la Blockchain ont marqué les esprits ces derniers mois, mais bien peu ont “sauté le pas” en réalisant des recherches plus approfondies :

Sondage Yougov Bitcoin

Le taux de compréhension ressentie de la technologie chute; ce sont  les “millenials” adultes de moins de 25 ans qui s’en sortent le mieux avec une petite minorité qui déclarent comprendre au moins “un peu” la Blockchain.  

Le moment est pourtant opportun pour découvrir la blockchain et passer de “j’en ai entendu parler” à “je connais la technologie et je possède un avis dessus”. Coinhouse poursuit donc son travail pédagogique via cet article pour comprendre la Blockchain à travers son histoire.

À l’origine de la Blockchain, le Bitcoin

Bitcoin est un système d’échange de valeur pair à pair numérique et décentralisé. Pour concrétiser cette promesse technologique, il s’appuie sur le principe d’une blockchain : stocker et échanger des informations – des transactions de monnaie numérique dans le cas de Bitcoin. Il s’agit donc d’un registre de données contenant l’historique de tous les échanges effectués entre ses utilisateurs depuis sa création.

Une des caractéristiques de la Blockchain Bitcoin est qu’elle est répliquée entre des milliers de machines et qu’elle fonctionne de manière absolument autonome sans aucun organe de contrôle. Elle est aussi immuable : les informations inscrites ne sont ni modifiables ni supprimables. Ces caractéristiques donnent tous les atouts à Bitcoin pour être une monnaie, sinon un actif d’avenir. Convaincu de son potentiel, Coinhouse le propose à l’achat et à la vente sur sa plateforme. Voyons à présent comment la Blockchain et le Bitcoin ont évolué depuis leur création en 2009.

Avant 2011, le temps des rêveurs et des développeurs

Bitcoin n’est qu’un rêve de papier avant le 3 janvier 2009, date du premier bloc, fruit de longues années de quête de la “monnaie libre” d’internet. Il n’est alors connu que des quelques centaines de personnes qui lisent la Cryptography Mailing List ou suivent le forum de la P2P foundation. Aussi respectables soient-elles, ces plateformes ont une audience spécialisée et confidentielle et Bitcoin n’est alors qu’un sujet parmi d’autres, le mot “crypto” désigne la cryptographie et pas encore un actif numérique. Ce Bitcoin d’avant 2011 n’est créé que par des développeurs, pour des développeurs.

Bitcoin en réaction à la crise de 2008 ?

Les premiers “meetups” ou publications non-techniques qui évoquent Bitcoin parlent surtout de “la monnaie contre les banques et les États”. Un agenda politique souvent proche du  libertarianisme, suite à la crise financière de 2008, se lit entre les lignes.

Un indicateur témoigne de la faible adoption de cette technologie : le hashrate. Si Bitcoin rencontre un succès d’estime, bien peu de personnes ont installé le logiciel Bitcoin Core sur leur ordinateur et encore moins “minent” – le processus qui aboutit à la création de bitcoins.

Ces derniers ont pu bénéficier d’une récompense de 50 bitcoins par bloc miné, obtenus avec un simple ordinateur personnel. Mais ces bitcoins ne “valaient” rien et il était impossible de les échanger contre des monnaies fiduciaires, ou de les dépenser en échange de biens ou de services. L’anecdote de la pizza achetée 10 000 BTC est marquante mais indique qu’entre le 3 janvier 2009 et le 22 mai 2010, le Bitcoin n’a jamais été utilisé comme “une monnaie”.

De 2011 à 2014 : imitations, drogue, bulle et piratage

2011 à 2014 sont les années où la plupart des “early adopters” ont découvert le Bitcoin et la Blockchain, une période difficile mais dont les membres sont aujourd’hui enviés par ceux arrivés plus tard dans l’écosystème. Dès 2011, c’est l’arrivée des Altcoins : certains commencent à déceler le potentiel du Bitcoin et des projets naissent, proposant d’autres cryptomonnaies souvent vantées comme un “Bitcoin mais en Mieux”, mais dont le seul survivant est aujourd’hui le Litecoin. Cette étape transforme l’économie Bitcoin, désormais devenue l’écosystème des “cryptoactifs”.

Comme beaucoup de nouvelles technologies, Bitcoin attire ceux dont les activités sont interdites ou limitées par les lois, et qui trouvent là des vecteurs de communication ou d’échange échappant aux autorités. La sulfureuse plateforme “Silk Road” propose des biens illégaux via des paiements en bitcoins et donne rapidement au Bitcoin l’image de la monnaie de la criminalité, image encore aujourd’hui exploitée par certains médias malgré le foisonnement des utilisations du Bitcoin, qui rendent cet usage anecdotique.

Silk Road Bitcoin Darkweb

L’arrivée des spéculateurs et des mineurs professionnels

Cette ‘’adoption’’ du Bitcoin sur des sites du darkweb est possible grâce aux premières places de marché qui permettent la conversion en monnaies fiduciaires en dehors de toute régulation. Bien souvent créées et gérées par des acteurs ne provenant pas du monde de la finance traditionnelle, elles présentent des risques pour les investisseurs. Un site de change , d’abord consacré à l’échange de cartes à jouer “Magic the Gathering”, va alors sortir du lot et concentrer l’essentiel des transactions : MtGox (pour Magic The Gathering Online eXchange), hébergé au Japon et géré par le Français Mark Karpelès.

MtGox rend le Bitcoin plus accessible : plus besoin d’être un développeur confirmé ni de “miner”, on peut directement “investir” dans le Bitcoin, qui a désormais un cours et une valorisation. La “Magic Internet Money” devient de plus en plus prisée, attirant de nouveaux publics: les spéculateurs et les traders. Le Bitcoin devient dès lors un actif à forte volatilité, qui cherche une capitalisation.

Des bulles spéculatives se produisent régulièrement: une en 2011 et deux en 2013. Le cours s’envole à plus de 1100$ en décembre 2013. La rentabilité du processus de minage  nécessaire à la sécurisation d’un réseau qui ne porte plus seulement des idées mais bien de la valeur entraîne une course à la puissance de calcul. Valider les transactions et ajouter un bloc à la blockchain rapporte encore 25 bitcoins à cette époque.

Les programmes de minage utilisent successivement les processeurs de PC, les cartes graphiques, les FPGA, et enfin les ASICs, matériel électronique spécifiquement dédié à cette activité. C’est la fin de l’ère du minage de bitcoins sur les ordinateurs personnels, entraînant la création d’une véritable industrie dont l’activité est reflétée par les graphiques de la puissance de calcul nécessaire pour miner efficacement.

Bitcoin hashrate 2013

Le tristement célèbre MtGox et le krach majeur de 2014

Des portefeuilles simples d’utilisation existent déjà à l’époque sur PC et Android, mais la plupart des utilisateurs préféraient négligemment laisser leurs fonds dormir sur les plateformes en ligne, sans avoir conscience des risques que cela pouvait entraîner.

Plusieurs nouvelles blockchains apparaissent chaque jour, espérant générer la même frénésie que Bitcoin. En janvier 2014, la plateforme MtGox annonce la suspension de ses activités, avant de fermer son site. 700 000 bitcoins disparu, soit 6% de tous les bitcoins en circulation, sans qu’on sache encore à ce jour s’il s’agissait de l’action d’un hacker ou d’une manipulation en interne. A la même période, le gouvernement chinois annonce l’interdiction du change entre le Bitcoin et le Yuan. La conjugaison de ces deux évenements déclenche une panique sur le marché, faisant en un an baisser le Bitcoin de 1200$ à 200$.

scandale MtGox

Ces événements devraient avoir servi de premières leçons pour les acteurs de l’écosystème. Le marché baissier qui durera presque deux ans permettra à la communauté de se reconcentrer sur le développement technologique de Bitcoin, non sans débats trop techniques pour le grand public. Les projets farfelus disparaissent et de nouveaux actifs répondant à de réels besoins voient le jour, à l’image d’Ethereum. Des acteurs sérieux, comprenant qu’un véritable écosystème est en train d’éclore, popularisent davantage le Bitcoin et la Blockchain. Une seconde partie de l’histoire que Coinhouse abordera dans un prochain article.

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